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HISTORIQUE DE BONA

La fusion des trois anciennes paroisses de Lichy, Bona et Huez en une seule commune, remonte au temps de la Révolution.

Auparavant, chacun de ces villages de la haute vallée de l'Ixeure menait sa vie propre, et malgré leur proximité, ils avaient des physionomies assez différentes.

Lichy, étagé sur les pentes qui donnent les sources de l'Ixeure, Bona établi sur un petit plateau et Huez blotti dans le fond de la vallée, se succèdent du nord-est au sud-ouest.

Les pentes des collines sont vouées surtout au herbages, les vignes d'autrefois, sur les hauteurs pierreuses, sont retournées à la friche, à peu d'exception près, et les bois couronnent les sommets, en cernant l'horizon de toutes parts. L'Ixeure, modeste affluent de la Loire, serpente, oublié dans les près, mais en d'autres temps, elle animait moulins, forges et fourneaux tout le long de son cours.

Bona : 1 005 habitants en 1860, et 291 en 1982, pourrait avoir une origine très ancienne, son nom serait un mot celtique qui signifierait : Fondation. En 1049, une donation à Notre-Dame de la Charité concerne un alleu ou terre franche, situé "Apud Boniacum". En 1062, l'église "Nomine Boeniacum" dédiée à saint Pierre est donnée à l'abbaye de Cluny. Enfin en 1196, le comte de Nevers abandonne au prieur de Saint-Etienne, dépendant de Cluny, la justice de la "Villa de Boenai".

Il semble donc que les moines de Saint-Etienne de Nevers aient reçu dès la fin du XIe siècle (après 1088) la seigneurie de Bona. Cependant, un siècle plus tard, ils en rétrocèdent la moitié au comte de Nevers, pour échapper au "droit de gîte et de procuration" que celui-ci s'était réservé et qui était très onéreux. Sous leurs deux seigneurs, il semble que la vie des habitants de Bona ait été relativement douce, et dès le XIIIe siècle on y trouve de nombreux hommes libres. Les redevances annuelles y étaient de 5 à 6 deniers, partagés par moitié entre les deux seigneurs.

Peut-être est-il resté à Bona une trace de la domination des moines dans l'appellation d'un lieu dit "la cour Perio" ou "cour Prieur". Le moulin existait au Moyen Age. En 1320, Michel de Bona, chevalier, concède aux Bénédictins de Saint-Etienne de Nevers un droit de cens et de minage qu'il possède sur le moulin.

Les archives de la mairie nous livrent sur l'époque moderne quelques indications intéressantes et pittoresques, grâce aux notes écrites en marge des actes par certains curés : ainsi, nous avons des détails sur le froid de l'hiver de 1709 "ayant commencé par un âpre vent, la nuit du 5e jour de janvier ... qui continua avec le vent vigoureux jusqu'au 24e jour, après quoi, un faux dégel, et le froid âpre recommença en février ..."

En 1710, la misère étant mauvaise conseillère, des incendies criminels et des vols sont commis par une bande de fripons qui ont élu Bona quartier général et ont mis la paroisse en réputation, avec assez de justice, d'être "spelunca ladronum" (caverne de voleurs).

Vers 1745, des bandes de loups attaquent les bergeries, et même les maisons et leurs habitants, et à Bona la servante du meunier est "endommagée" en six places aux bras, et les loups mangent les "mouches à miel". Vers 1780, le curé expose l'organisation et l'administration de la paroisse, avec l'aide du Conseil de Fabrique, composé de fabriciens élus. C'est à eux que le curé confie l'argent, après épuration des comptes. Une des ressources était la vente de fil de chanvre paroissial, adjugé au plus offrant et dernier enchérisseur, en vente publique devant l'église, après l'avoir crié trois dimanches. Autre ressource : "une directe" de 5 sols due chaque année à la fabrique et assise sur une pièce de terre de la paroisse de Vuée.

En 1784, on pose la première pierre du presbytère de Bona. Au point de vue professionnel, on relève surtout à Bona, des laboureurs, vignerons, fermiers, manoeuvres, mais aussi un maréchal ferrant, un chirurgien, un meunier, un charron, un cabaretier, un cardeur, un marchand. Le village compte 63 feux, soit environ 250 habitants, on pratique l'élevage de toutes sortes d'animaux : cavales, boeufs, vaches, moutons chèvres, volailles. Il y a d'importantes exploitations à Charry, Marancy ou Aglan.

Au début du XVIe siècle, fut planté un tilleul, dit "de Sully" qui s'élève devant l'église. A côté de cet arbre, se trouvait encore, il y a quelques années, une pierre des morts de l'espèce appelée "trilithe". L'église actuelle, terminée en 1871, a remplacé une église romane remaniée au XVIe siècle, selon de Soultrait et agrandie au XIXe siècle, par l'adjonction d'un bas-côté.

A la croisée du transept, une coupole était surmontée d'un clocher carré, percé de baies jumelées en plein cintre, séparées par des colonnettes à chapiteaux. Une flèche octogone de bois terminait ce clocher. Une statue de sainte Barbe en pierre du Xe siècle était conservée dans cette église.

Les municipalités du XIXe siècle, à Bona, ont accompli un travail considérable d'organisation et de constructions publiques : chemins vicinaux, écoles, puits et lavoirs, champ de foire, reconstruction de l'église, ponts sur l'Ixeure ... Et il fallait compter avec l'incompréhension et l'indiscipline de certains administrés qui n'hésitaient pas à "anticiper" sur la voie publique. Il est vrai que tous ces travaux, et d'abord la création des chemins, équivalaient à une véritable révolution dans la vie des habitants. Ils étaient habitués à vivre en dehors de ce qui fait l'existence même d'une société moderne : les moyens de communication. La Nièvre, peut-être parce qu'elle est restée en dehors de l'administration royale, étant propriété des Ducs jusqu'en 1789, était spécialement pauvre de routes, Mazarin et Colbert s'en étonnaient au XVIIe siècle et les cahiers de doléances de 1789 sont unanimes à réclamer des chemins. La loi, votée à ce sujet en 1791, ne put être appliquée avant 1829 ! dans la Nièvre, et c'est à l'ingénieur Mossé que l'on doit l'essor des chemins vicinaux.

En 1858, naissait à Bona celui qui devint plus tard vicaire général de Nevers : Mgr Billebault.