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HISTORIQUE DE SAINT BENIN DES BOIS

Comme pour beaucoup de communes de la région, selon toute vraisemblance, le premier habitat de Saint-Benin-des-Bois est d'origine monastique. L'abbé Charrault en 1904 avance l'établissement de moines créant une installation agricole et élevant une grande croix à un lieu où se fixa une population rurale qui devint le hameau de la Croix. "Tout près de là, à mi-côte, on construisit tant pour le besoin des moines que pour celui des manouvriers et leurs familles, une chapelle et c'est autour de cet oratoire que s'éleva le bourg".

On peut au point de vue datation faire le rapprochement avec l'installation au VIe siècle du monastère de Saint-Martin de la Bretonnière distant de quelques kilomètres. Le comte de Soultrait nous rapporte que la paroisse fut érigée en 1021 mais une chapelle assez importante existait avant puisqu'un texte de 987 nous dit que l'évêque Roclene de Nevers aliéna l'autel de Saint-Benin aux chanoines de la cathédrale.

Jusqu'à la Révolution, la paroisse de Saint-Benin ne comportait que les parties sud et ouest de la commune actuelle, la partie nord étant la paroisse de Lurcy-le-Chatel ou Ligny, la tourmente révolutionnaire réunit les deux anciennes paroisses sous le doux nom de "Source de la Nièvre".

La commune tire son nom du patron de la première chapelle, Saint Bénigne, apôtre de la Bourgogne, et des bois entourant le bourg, jadis plus nombreux.

Dès 1590, le registre des fiefs parle de "Sainct-Benin-des-Boys" et en 1650 : Sainct-Begnain.

Il semblerait qu'avant la Révolution la seigneurie de Saint-Benin-des-Bois n'ait pas assez d'importance pour y attirer son seigneur en titre qui résidait toujours dans une autre possession. Certains pensent que le manoir du "Mont", qui s'élevait à deux kilomètres du bourg au sommet de la colline qui domine ce bras de la Nièvre, était celui des seigneurs de Saint-Benin.

Il ne reste pratiquement rien de ce manoir sinon une ancienne tour avec toit en cul de four. Comme les anciens petites fiefs de Leuzat, de la Bonde et du Four-Vieux, le Mont dépendait de la Châtellenie de Montenoison.

La seigneurie de Lurcy-le-Chatel avait une toute autre importance, elle défraya la chronique jusqu'en 1995 ! Selon certains étymologistes, en ce lieu existait jadis un camp romain retranché ainsi nommé en raison des lupercales que l'on y célébrait.

L'abbé Charrault dit qu'un "de Charry" aurait bâti un premier manoir qui prit ensuite les proportions d'une vraie forteresse, d'où son nom Lurcy-le-Chatel. Ce château avait été construit à mi-côte d'une hauteur escarpée et était protégé sur trois côtés par la vallée, n'étant accessible que du côté ouest où un large fossé avait été creusé protégeant les murailles. Le village construit en bas, dans la plaine, s'appelait Ligny, nom gardé par l'actuel village.

Les seigneurs en furent les comtes de Nevers puis la famille d'Avenières, celle de Damas puis celle de la Rivière, revint celle de Damas pour finir par les derniers ducs de Nevers. A la fin du XVIIIe siècle, la famille de Charry racheta la seigneurie.

La forteresse ne fut jamais prise par la force malgré tous les événements de ces époques et résista à toutes les guerres et pillages jusqu'en 1569 où une bande de "protestants et d'Allemands" y entrèrent par surprise, le pillèrent et y mirent le feu ; le vieux château dévoré par les flammes ne s'en remis jamais et ne fut ni restauré, ni rebâti.

L'église paroissiale antérieurement construite près du château fort brûla avec. Elle n'a rien à voir avec la crypte redécouverte inopinément en 1995 à coups de bulldozers par des chercheurs de trésors.

En 1645, l'église de Ligny fut reconstruite dans le village, à l'angle de la route de Prémery et le chemin qui descend aux Chaumes. Elle fut embellie par différents seigneurs qui s'y marièrent puis restaurée en 1770 par son curé, l'abbé Durand.

A la Révolution, le curé "réfractaire" fut déporté, l'église vendue et détruite, la cure vendue à un certain Jean Jolly, propriétaire à Saint-Benin-des-Bois pour la somme de 1800 F. L'abbé Charrault écrivait que la seigneurie de Lrcy-le-Chatel s'étendait sur trois paroisses, celle de Ligny fut réunie à celle de Saint-Benin-des-Bois.

La petite seigneurie de Fiur-Vieux ou Four-Viel qui s'appela aussi Viel-Four aux Voires ou Four des Verres, acquit sa notoriété par ses productions de verre de fougère dès le XIVe siècle. La qualité de son verre et son appellation venait du mélange sable et cendre de fougère des bois d'alentour. La famille des Paillard l'exploita pendant des siècles tout comme les verreries voisines du Chambon et de Giverdy. L'abbé Charrault raconte, dans un petit livret daté de 1904, qu'Adam Billaut y naquit avant d'être baptisé à Nevers quelques jours plus tard.

Près des anciens bâtiments du Four-Vieux, se trouve le puits qui ronfle, c'est en fait un puits au-dessus d'une rivière souterraine qui a été explorée en 1982 sur 520 m en amont, le ruisseau a été coloré et le produit aurait mis cinq jours pour réapparaître à la source du Moulin Gignault distant de 1 180 m ; aujourd'hui captée, elle va se jeter dans la Nièvre de Saint-Benin (Annales des Pays Nivernais de 1984 n] 43, page 24). Certaines légendes, pas très définies, parlent de fées. En été sec, le ruisseau coule à peine, on entend un faible murmure mais, lors des crues hivernales, l'eau peut jaillir par-dessus la margelle moussue du puits.

Le hameau de la Grellerie reste le souvenir d'un ancien haut-fourneau totalement détruit et disparu comme celui de la Forge où en 1904 subsistaient encore les débris de l'ancienne forge. Enfin, le pré "Foulon" rappelle qu'en ce lieu existait jadis une fabrique de gros draps très réputée.

Je dois avouer que la toute simple église de Saint-Benin-des-Bois est une de celles qui m'émeut le plus dans le canton et si le comte de Soultrait la trouvait insignifiante en 1852, n'ayant ni la splendeur de Saint-Sylvestre de Jailly, ni la fierté XIXe des églises de Sainte-Marie, Bona, ou Crux-la-Ville, elle mérite un détour.

La façade et son entrée, de style grec avec colonnes, peinte en bleu violet n'est pas du tout chose courante. Dans ce modeste narthex, on trouve un bénitier hors d'usage. L'abbé Charrault avançait qu'il s'agissait des anciens fonts baptismaux de l'église détruite de Ligny. C'est une cuve en forme octogonale supportée par un pilier sur laquelle on peut voir un écusson en accolade portant un croissant accompagné de trois étoiles rangées en chef, surmontées elles-mêmes des lettres DOM et d'un coeur en pointe. Au-dessus de l'écusson daté 1622, le réceptacle en zinc est en lambeaux et ne contient plus d'eau bénite depuis bien longtemps. Pour rappel, l'église de Lurcy-le-Châtel aurait été brûlée et détruite en 1569 et celle de Ligny construite en 1645.

De Soultrait pense que l'église au départ était romane mais remaniée et refaite à différentes époques. D'ailleurs, on peut encore voir dans le mur droit extérieur (coté départementale 181), la réutilisation d'un fut de colonne cylindrique d'un édifice plus ancien. L'église se compose d'une nef, de deux chapelles et d'un choeur terminé par un mur droit et surmonté par un petit clocher carré à toit pyramidal peu pentu comme un clocher provençal. Les chapelles et le clocher ont été reconstruits en 1830, la sacristie adossée à la chapelle sud est encore plus récente.

J. M. Deguilloux