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HISTORIQUE DE SAINT- SAULGE

Le premier texte connu sur la localité, est une charte datée du 8 août 908 et signée par Charles III le Simple. Mais la traduction très serrée de cet édit nous fait comprendre que bien des événements s'étaient déjà déroulés avant d'en arriver là.

D'ailleurs les paroisses environnantes avaient déjà pris vie : le monastère de Saint Martin, commune de Sainte Marie, existait au VI e siècle, Rouy, mentionné au VII e siècle, aurait été fondé par saint Germain au VI e. Compte tenu des éléments apportés par les histoires nationales et régionales, on peut échafauder ce qu'a pu être l'histoire de la commune de Saint Saulge avant le début du X e siècle. Avant l'occupation romaine, le site n'était qu'un vaste marécage s'étendant de la partie nord du bourg actuel jusqu'au delà de l'étang de Ranceau. Tout autour : la forêt, dense et touffue à l'ouest descendant des collines clairsemée à l'est vers le Morvan.

Les migrations celtes avaient déposé quelques familles qui avaient construit des huttes en bois au bord ouest de l'étang, vivant d'un peu de pêche et de cueillettes, et par la suite de modestes récoltes. Lorsqu'au moment de la conquête de la Gaule par César, les Romains construisent la voie qui, venant de Bibracte, contournait le marécage par le sud, remontait par l'ouest où avait été installé un camp de passage, et filait ensuite droit vers le couchant pour arriver à Massava (Mesves-sur-Loire), ils ignorèrent totalement les quelques individus qui vivotaient sur la rive en contrebas ( de toute façon les Eduens étaient des amis, frères du peuple romain ). Pendant les deux premiers siècles de notre ère, les civilisations romaines, puis gallo-romaines, transformèrent lentement les habitants des bords du marais de mi-sauvages en petits paysans. Les huttes de branchages furent remplacées par des maisons d'argile puis de pierre et d'argile, recouvertes de chaume, mais les autochtones restèrent toujours en petit nombre, l'endroit n'étant guère propice à une extension démographique et à l'installation des grandes "villas" gallo-romaines.

Les vieux dieux celtiques furent remplacés par un nouveau dieu plus à l'image des natifs, un dieu d'humilité et d'amour. La forêt recula, repoussée par les maigres cultures, puis, un jour, un groupe de chrétiens, fuyant encore quelques hostilités, amena avec lui les restes, pieusement et miraculeusement conservés, d'un pauvre moine qui avait vécu en saint ermite, dans les bois proches d'Auxerre et qui était mort en 540, il s'appelait Salvius.

A l'époque, c'était la communauté des chrétiens qui décidait qu'un homme était saint et non pas une lointaine autorité religieuse. La petite communauté, formée par les nouveaux arrivants et les natifs du lieu, construisit un petit oratoire et commença le culte de saint Saulge, conforté par quelques miracles. Au VII e siècle, des moines de l'abbaye Saint-Martin d'Autun trouvent l'endroit assez discret pour y installer une petite communauté religieuse. Ils fondent le prieuré que, fidèles à leur patron, ils nomment Saint-Martin et, trouvant les lieux propices à la culture de la vigne, ils développent cette industrie. Malgré les reliques de saint Saulge, l'endroit devint pour un temps : Saint Martin de la Vigne.

En 762, les comtes de Bourges et d'Auvergne sont en guerre avec le roi des Francs, Pepin le Bref. Prenant l'ancienne voie romaine, toujours utilisée, ils s'enfoncent dans le Nivernais et irons jusqu'à Larochemillay qu'ils détruiront. Ils passent donc tout près de notre petite bourgade, mais ils doivent faire vite et aller porter la guerre le plus loin possible. D'ailleurs le minuscule prieuré et les quelques maisons alentour n'ont guère d'intérêt pour eux. Les habitants ont fui, les moines se sont repliés dans leur maison mère d'Autun, les villageois se sont réfugiés, avec leurs quelques biens, dans les forêts proches, emmenant leurs bêtes et surtout les précieuses reliques de saint Saulge. Au bout de quelques semaines, nos braves Saint-Saulgeois réintègrent leurs maisons et réinstallent les reliques dans l'oratoire que les moines avaient conservé, élevant au-dessus une première chapelle. Les religieux ne reviennent pas de suite, ils envoient un émissaire afin de reprendre possession de leur prieuré, mais il est trop tard, les habitants, n'ayant plus de pasteur, sont allés en demander un à l'autorité religieuse la plus proche : l'évêque de Nevers. La rivalité extrême qui règne alors entre le clergé séculier et le régulier fait que l'évêque s'empresse de satisfaire leur demande : un prêtre s'installe dans les locaux du prieuré et fonde la paroisse. L'abbé de Saint-Martin d'Autun, furieux mais décidé, s'adresse au duc de Bourgogne, Richard le Justicier, allié du roi de France Charles iii, afin qu'il intervienne pour récupérer son prieuré.
Nous arrivons ainsi à la charte de 908 où Charles III le Simple ordonne au prêtre Teutbold, exerçant à Saint-Saulge, la restitution du "monastère de Sanctii Salvi, avec la chapelle de Saint-Denis". Les Bénédictins reviennent prendre en charge leur prieuré et développer les cultures aux alentours.

En 924, Rodolphe de Bourgogne devenu roi de France, sous le nom de Raoul confirme "le 8 des ides d'avril", la restitution du prieuré à Saint-Martin d'Autun. A l'époque, le prieuré, les six manses ou exploitations agricoles du prieuré et les quelques maisons paysannes des ouvriers agraires des moines, ne représentent pas plus d'une vingtaine de feux, soit environ une centaine d'individus, indépendamment de la communauté religieuse qui au mieux ne dépassait pas vingt moines. Il faut rester modeste quand au rayonnement du futur Saint-Saulge, au X e siècle sur la région, mais comprendre qu'à cette époque la formidable activité des moines, avec leurs relations extérieures, va favoriser l'éclosion progressive des métiers d'artisanat et commerciaux, le village va devenir une bourgade rurale pleine de vie. Au XI e siècle, l'art roman resplendit, à son apogée. C'est alors que les Bénédictins ajoutent, à l'ancienne chapelle Saint-Martin, une église romane comportant une nef et peut-être déjà les bas-côtés. La dévotion envers saint Saulge n'a fait que s'amplifier et, en 1161, Bernard de Saint-Saulge, évêque de Nevers, mentionne l'église de son pays natal, comme un grand lieu de pèlerinage envers son saint patron. Dans une charte de la même année il énumère les églises de son diocèse, placées sous la dépendance de l'Abbé de Saint-Martin d'Autun, dont l'église et le prieuré de Saint-Saulge.

En 1203, Hervé IV, comte de Nevers et baron de Donzy, achète à Pierre de Courtenay, son beau-père, le château et la seigneurie de Saint-Saulge pour la somme de 1340 livres, il en fait une châtellenie qui comptera jusqu'à 50 fiefs et restera bien propre des comtes puis ducs de Nevers jusqu'à la Révolution.

Mais il faut savoir ce que pouvait être le "château" de Saint-Saulge ! En 862, l'édit de Pistes invitait les seigneurs à construire des châteaux pour résister aux nombreux envahisseurs à l'époque : les Normands ; une butte, un massif rocheux, une élévation du sol, autour une palissade, si possible des fossés pleins d'eau, protégeant quelques constructions en bois, où les villageois pouvaient se réfugier si nécessaire. Saint-Saulge n'aura pas de fortifications en pierre avant le règne de Charles VII. Cet espèce de château en bois a été situé par beaucoup, dont Gilbert Comte, en haut de la rue Marceau, à gauche, près de ce qui fut la porte de Nevers. Cette hypothèse est très plausible et le jardin en surélévation qui se trouve dans cette maison, appelée la maison "Prieuret", et qui n'a jamais été fouillé pour les constructions postérieures, est l'endroit le plus élevé intra-muros et logique pour cela, les fossés n'ont sans doute jamais été remplis d'eau.

En 1437, Saint-Saulge prieuré bénédictin, paroisse et châtellenie, s'est considérablement développé. C'est devenu un gros centre commercial et artisanal, centre de foires très importantes, les faubourgs et hameaux se sont multipliés. C'est alors qu'ayant obtenu l'accord du roi Charles VII, les habitants font fortifier le bourg avec l'aide du comte de Nevers.

Les murailles décrites par Jérôme Deparis, en 1715, étaient situées sur les emplacements actuels de la rue de la Marchée, la rue du Champ de Foire, la rue Pasteur. Trois entrée fortifiées trouaient la muraille de la porte de Châtillon (Place dom Delaveyne) appelée autrefois porte de la Roche, la porte de Crux au faubourg du même nom, la porte de Nevers près du château et une petite entrée, la "Poterne", face à la route de Decize. Les trois portes étaient équipées de corps de garde : en 1715, "on y voit des ponts qui se levaient avec des chaînes". Vu la déclivité du terrain, les fossés n'étaient pas des douves, au mieux faisait-on passer les eaux qui coulaient des sources et des étangs au-dessus de la ville et qui rejoignaient l'étang Ranceau. A l'intérieur de l'enceinte, il y avait de nombreuses tourelles, plus décoratives que défensives, certaines sont encore visibles, comme celle en dessous de l'église, place de la République, ou celle (visible en partie) au bas de la rue Hoche dans le mur du Bazar. A cet endroit, appelé les "quatre-quarts", on peut voir, en 1998, les vestiges d'une ancienne maison caractéristique du XVI e siècle avec ses petites ouvertures moulurées et son toit très pentu.

Au Moyen Age, il y avait couvre-feu tous les jours et les habitants avaient développé un réseau complet de caves communiquant entre elles. Ces caves sur plusieurs niveaux avaient des puits internes, certaines étaient de toute beauté avec des voûtes sur croisée d'ogives. Les plus intéressantes sont celles en dessous du magasin Casino et celle sous la maison du catéchisme, qui fut, autrefois, la cave des moines du prieuré, qui y entreposaient le vin produit par les vignes hors des murs d'où le nom du "Clos". Dans toutes ces caves on peut voir des portes, murées aujourd'hui, qui menaient vers les caves voisines.

En 1715, Jérôme Deparis, curé de la paroisse, nous dit que Saint-Saulge comptait 800 feux ! Soit au moins 2500 habitants ; à la moitié du XIX e siècle, il dépassera officiellement ce chiffre et, en 1990, il retombait à 824.